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Pendant que nombre d’enfants sur la planète sont sur les bancs de l’école, d’autres se battent sur un champ de bataille. Leur nombre ne faiblit pas – certaines ONG évoquant le chiffre de 250 000 – malgré les efforts de la communauté internationale et de nombreuses associations.
Dans le monde entier, des milliers de garçons et de filles sont recrutés dans des forces armées gouvernementales et des groupes rebelles pour servir de combattants, de cuisiniers, de porteurs ou encore de messagers. On les appelle communément « enfants soldats ». Denis Bouclon, l’auteur de l’essai « L’éducation en situation de post-conflit », a travaillé en Afghanistan et au Pakistan avec des enfants soldats. Consommant moins de nourriture que les adultes, dociles et influençables, ils sont combattants, poseurs de mines, voire porteurs, messagers, espions, cuisiniers, esclaves sexuels, etc. Si la majorité d’entre eux s’enrôlent pour fuir la maltraitance ou la pauvreté, beaucoup sont recrutés de force ou kidnappés. Les garçons forment le gros des troupes, mais ils ne sont pas les seules victimes. Les filles se battent comme eux et représenteraient presque la moitié des enfants soldats dans le monde.
Certaines s’engagent volontairement pour échapper à un esclavage domestique ou un mariage forcé. Enfants soldats, elles sont souvent victimes de viol, de traite, d’exploitation et de mutilations sexuelles, avec des risques de grossesses non désirées, des conditions d’accouchement tragiques et une exposition aux MST (maladies sexuellement transmissibles) dont le Sida.
Denis Bouclon connaît donc bien les liens entre éducation et rétablissement d’un société civile structurée. Nous le savons, les conflits qui sévissent dans les régions défavorisées du monde ont un effet dévastateur sur l’éducation, notamment en termes de pertes humaines, de dégradation du système éducatif et de ses infrastructures. Si, en règle générale, l’éducation ne subit pas un arrêt brutal en situation de guerre mais continue de représenter un nid protecteur pour les enfants et permet de rétablir un sens de normalité dans le chaos ambiant, la corrélation entre l’éducation et la guerre soulève de nombreuses questions.
Quelles sont les méthodes pour éviter l’effondrement total du système éducatif à l’issue d’un conflit ? Le système éducatif permet-il d’assurer une protection aux communautés affectées par la guerre ? Quel est le rôle de l’éducation dans la prévention des conflits et comment peut-elle servir de pierre angulaire à la reconstruction d’un pays ? L’enseignement de l’histoire peut-il par exemple influer sur le comportement des étudiants en promouvant une culture de la paix ? Et finalement, dans quelles circonstances le rôle positif de l’éducation peut-il être détourné de son sens initial pour, plutôt que de les contenir, alimenter les causes de conflits violents ?
Fort de sa riche expérience, Denis Bouclon partage ici des analyses d’une grande finesse, qui mettent en lumière la complexité des conditions du rétablissement durable de la paix dans les zones de conflit. Un ouvrage décisif et salutaire.

L’éducation en situation de post-conflit en 40 pages aux editions Uppr.

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